Le président français Emmanuel Macron (c,d) et son épouse Brigitte Macron (g) à leur arrivée à Bombay, en Inde, le 17 février 2026 ( AFP / Ludovic MARIN )
Un partenariat sans "limites" et en pleine "accélération" : le président français Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi ont convenu mardi d'une coopération renforcée, de la défense à l'intelligence artificielle, face au grand désordre mondial généré par la diplomatie offensive et protectionniste de Donald Trump.
"Le partenariat indo-français n'a pas de limites. Il s'étend des profondeurs des océans aux plus hautes montagnes", a lancé M. Modi à l'issue d'un entretien avec son "cher ami" Emmanuel Macron à Bombay (ouest).
"La relation franco-indienne est dans une phase d'accélération remarquable, et ce en réponse à la mutation de l'ordre international", a renchéri le chef de l'Etat français qui effectue jusqu'à jeudi sa quatrième visite officielle en Inde.
L'ordre mondial est bousculé par les coups de boutoir diplomatiques et commerciaux du président américain, souvent imprévisibles et erratiques, et la montée en puissance de la Chine.
La France et l'Inde ne veulent "subir aucune forme d'hégémonie ni "tomber dans la conflictualité de quelque-uns", a poursuivi M. Macron, faisant allusion aux métaux essentiels sur lesquels la Chine occupe une position dominante. Les deux pays ont décidé d'engager une coopération en la matière.
Après la signature fin janvier d'un méga-accord de libre-échange entre l'Union européenne et l'Inde, le président français a vanté les mérites d'un commerce international sans la guerre permanente des droits de douane déclenchée par son homologue américain.
"Nous récusons les méthodes coercitives", a-t-il martelé.
- "Moratoire" -
Le Premier ministre indien Narendra Modi, le 29 janvier 2026 à New Delhi ( AFP / Sajjad HUSSAIN )
MM. Macron et Modi, qui président respectivement cette année le G7 et le groupe des Brics, ont aussi marqué leur volonté de coordonner leurs efforts pour lutter contre les grands déséquilibres, notamment commerciaux entre Etats-Unis, Chine et Europe.
"Nous partageons l'idée que les défis mondiaux ne peuvent être surmontés qu'à travers des institutions multilatérales réformées", a estimé le Premier ministre, "qu'il s'agisse de l'Ukraine, de l'Asie ou de (la région) Indo-Pacifique, nous soutenons les efforts de paix dans toutes les régions".
Emmanuel Macron a proposé une "réunion ad hoc qui permettra d'établir des convergence concrètes sur l’agenda international des grands équilibres". Ce sommet pourrait avoir lieu au printemps avant celui du G7 à Evian (France) en juin, auquel Narendra Modi a été convié.
Sur l'Ukraine, une pomme de discorde entre la France et l'Inde, Emmanuel Macron a appelé son hôte à "unir leurs efforts pour soutenir la mise en place d'un moratoire immédiat et durable sur les frappes (russes) contre les civils, les infrastructures civiles".
Le chef du gouvernement indien n'a pas condamné l'invasion de l'Ukraine par la Russie, un partenaire traditionnel de son pays - notamment pour les livraisons d'équipements militaires - mais il s'est rendu à Kiev en septembre 2024 et il subit la pression de Donald Trump pour réduire les importations par l'Inde de pétrole russe.
Le partenariat franco-indien, qualifié de "stratégique spécial mondial", a été illustré par la décision indienne d'acheter 114 avions de combat français Rafale supplémentaires pour son armée de l'Air, outre les 36 déjà acquis.
- Négociations sur les Rafale -
Cette annonce n'a pas immédiatement donné lieu à une signature de contrat mais les "négociations avancent" et "Paris est confiant", selon l'entourage du président Macron.
Le constructeur Dassault doit encore négocier avec ses interlocuteurs indiens la part des Rafale qui seront fabriqués en Inde, la "majorité" selon l'Elysée.
La présidence française a en outre fait savoir que l'Inde était également intéressée par l'achat de Rafale supplémentaires dans leur version marine, capables de décoller et d'apponter sur un porte-avions. Elle en a déjà acheté 26 exemplaires.
Installation des drapeaux des pays participants à la veille du "Sommet indien sur l'impact de l'IA" au Bharat Mandapam de New Delhi, le 15 février 2026 en Inde ( AFP / Arun SANKAR )
Les deux dirigeants ont inauguré ensemble, à distance, en appuyant symboliquement sur un bouton, une chaîne de montage d'hélicoptères Airbus , les H125, située près de Bangalore (sud).
Le groupe français Safran et l'entreprise indienne publique Bharat Electronics ont signé de leur côté un accord pour fabriquer en commun sur le sol indien des bombes propulsées AASM Hammer.
Les deux pays se sont aussi engagés à coopérer pour "accompagner le développement du réseau ferré à grande vitesse en Inde".
La suite de la visite sera placée sous le signe de l'intelligence artificielle, avec un dîner inaugural mercredi soir à New Delhi du Sommet mondial consacré à l'IA, puis une séquence plénière en présence d'une quinzaine de chefs d'Etat et de gouvernement jeudi.
"Nous souhaitons avoir un agenda qui soutient l'innovation, qui permet à nos pays d'être dans la compétition internationale, celle des datacenters, des capacités de calcul, celle, évidemment, des modèles de langage", a insisté Emmanuel Macron.

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